Gestion active ou passive : ce que disent vraiment les données

85 à 95 % des fonds actifs sous-performent leur indice à 15 ans (SPIVA). Pourquoi c'est structurel (arithmétique des frais, non-persistance), ce qui reste défendable dans l'actif, et la doctrine cœur-satellites qui clôt le débat.

D'un côté, une industrie qui facture 1,5 à 2 % par an pour « battre le marché ». De l'autre, des indices répliqués pour dix fois moins. Entre les deux, un épargnant à qui son conseiller bancaire propose les fonds maison. Cet article ne donne pas un avis : il lit les données — SPIVA, études de persistance, arithmétique des coûts — puis en tire une doctrine d'allocation applicable.

Les faits : vingt ans de SPIVA

Part des fonds actions actifs sous-performant leur indice à 15 ans (ordres de grandeur SPIVA)

Trois précisions qui font la solidité de ces chiffres. Ils corrigent le biais du survivant : les fonds liquidés en route — souvent les pires — sont comptés. Ils sont stables : chaque édition semestrielle depuis vingt ans raconte la même histoire, sur toutes les zones. Et ils empirent avec l'horizon : à 1 an, un gérant sur trois ou quatre bat son indice ; à 15 ans, moins d'un sur dix — le temps agit comme un filtre à chance.

Pourquoi c'est structurel (et non conjoncturel)

L'arithmétique de Sharpe

L'argument le plus solide tient en trois lignes, formulées par William Sharpe en 1991 : le marché est la somme de ses participants ; avant frais, la performance moyenne des gérants actifs est donc mécaniquement celle du marché ; après 1,5-2 % de frais annuels, elle lui est inférieure — par construction, pas par incompétence. La gestion active est un jeu à somme nulle avant coûts, négative après.

La non-persistance des gagnants

Il existe bien des fonds qui battent leur indice sur dix ans. Le problème est qu'on ne peut les identifier qu'après : les études de persistance montrent que le premier quartile d'une période n'a guère plus de chances que le hasard d'y figurer la suivante. Or l'épargnant sélectionne sur le palmarès passé — la seule information disponible et précisément celle qui ne prédit rien. Ce que les données désignent comme meilleur prédicteur de la performance future : le niveau de frais, inversement.

≈ 47 000 € — l'écart final sur 100 000 € investis 25 ans à 6 %/an brut, entre 0,2 % et 1,8 % de frais annuels — la performance des frais est, elle, parfaitement persistante (Calcul pédagogique Veridian, intérêts composés)

Ce qui reste défendable dans la gestion active

La doctrine Veridian : cœur-satellites

Notre position, appliquée dans les accompagnements : un cœur de portefeuille indiciel à bas coût (60 à 100 % de la poche actions), parce que les données ne laissent pas d'alternative raisonnable ; et d'éventuels satellites actifs — à trois conditions écrites : une raison précise (segment inefficient, décorrélation, conviction argumentée), des frais regardés en face, et un dimensionnement tel que l'échec du satellite ne change pas la trajectoire. Ce n'est pas un compromis mou : c'est la traduction exacte de ce que montrent les données — l'indiciel gagne en moyenne, et la moyenne est la seule chose qu'on puisse acheter à l'avance.

Erreurs fréquentes

Check-list : auditez vos fonds en une heure

Ce qu'il faut retenir

Les données closent le débat de moyenne : pour le cœur d'un portefeuille actions, l'indiciel à bas coût est le choix rationnel — non par idéologie, mais par arithmétique et par persistance. Le reste est une affaire de doctrine : des satellites actifs si et seulement si leur raison est écrite et leur taille inoffensive. Si vos contrats sont remplis de fonds à 2 % choisis il y a dix ans, l'audit qui chiffre l'écart est probablement l'heure la mieux payée de votre vie d'épargnant.

Que mesurent exactement les études SPIVA ?

SPIVA (S&P Indices Versus Active) compare deux fois par an la performance des fonds actifs à leur indice de référence, en corrigeant le biais du survivant (les fonds fermés en route comptent). Résultats remarquablement stables depuis vingt ans : à 15 ans, 85 à 95 % des fonds actions actifs sous-performent leur indice, sur la quasi-totalité des zones géographiques — Europe comprise.

Pourquoi la plupart des gérants ne battent-ils pas le marché ?

Par arithmétique avant tout : le marché étant la moyenne de ses participants, la performance moyenne des gérants AVANT frais est celle du marché — après 1,5 à 2 % de frais annuels, elle lui est inférieure par construction. S'ajoute la concentration croissante des gains sur peu de titres et de journées, difficile à capter en pariant. Ce n'est pas une question de compétence : c'est une question de structure de coûts.

Certains fonds battent quand même l'indice : comment les trouver ?

C'est le vrai problème : la persistance. Les études (SPIVA Persistence, Morningstar) montrent que les fonds du premier quartile d'une période ont à peine plus de chances que le hasard d'y rester la période suivante. Sélectionner le futur gagnant à partir du palmarès passé — la seule donnée disponible — ne fonctionne statistiquement pas. Le meilleur prédicteur de performance future documenté reste... le niveau de frais.

La gestion passive ne devient-elle pas dangereuse si tout le monde s'y met ?

L'argument est théoriquement sérieux (moins d'acteurs pour former les prix), mais la gestion active domine toujours les volumes de transaction, et paradoxalement, moins d'actifs actifs signifie plus d'opportunités pour ceux qui restent — un équilibre auto-correcteur. Le jour où l'indiciel rendrait les marchés inefficients, la gestion active redeviendrait rentable et le pendule reviendrait. Nous surveillons le débat ; il ne modifie pas la conclusion pratique pour un particulier aujourd'hui.

Y a-t-il des domaines où la gestion active se défend ?

Les segments les moins efficients (petites capitalisations, certains marchés émergents, obligations complexes) montrent des taux d'échec actifs un peu moins écrasants, et certains véhicules non indiciables (non coté, stratégies de décorrélation) n'existent qu'en actif. C'est le fondement de la doctrine cœur-satellites : un cœur passif à bas coût, d'éventuels satellites actifs choisis pour une raison écrite — et dimensionnés pour que leur échec ne change rien.